Les liens familiaux d’Amélie Murat

 

Poète, romancière, critique, conférencière, Amélie Murat est née en 1881 à Chamalières, décédée en 1940 -1940 à Clermont-Ferrand.

Ses origines :

Amélie peinture

« …l’honneur de notre province où brille si fière l’étoile d’Amélie Murat » écrivit joliment d’elle l’académicien historien et poète Pierre de Nolhac 1859-1936 né à Ambert Puy-de-Dôme dans son livre de souvenirs et de textes sur la région « Pages auvergnates » édité en 1931 au Pigeonnier maison du livre français Paris .

L’Auvergne dont la particularité est de saisir à fond – et comme nulle part ailleurs et pour longtemps – le cœur de celui qui contemple ses paysages. Respectueux du ciel, les voilà en bosses se propageant vers l’horizon avec des teintes bien à eux, ponctués seulement parfois de vestiges qui restés les sentinelles en faction du pays interpellent encore aujourd’hui la fierté humaine. Quelque ressemblance n’est-ce pas avec la caractéristique de l’âme qu’Amélie Murat a livrée dans son œuvre littéraire.

« On est bien en Auvergne » a exhalé pour toujours son sang paternel terrien en affluant, l’année 1881, dans celui de ses autres origines, bien différentes, toutes. Pour toujours et pourtant, leur mère, à sa sœur et elle, décédée à leur bas-âge, les fillettes connurent un sein familial grand-maternel plutôt parisien et bourguignon, leur père étant mort à son tour à leurs neuf et sept ans. Ce qui le réunissait, lui, Murat, propriétaire, à cette famille de nom Filz, avait été le métier. Épicier. Né à Chamalières où son père Gilbert Murat était receveur, buraliste, épicier, rien d’étonnant à ce qu’une affaire agroalimentaire florissante s’y développe entre lui et Robert Filz, son beau-frère, commissionnaire des grains, marié avec la fille du pharmacien de Clermont-Ferrand.

Si le patronyme Murat de la poétesse évoque le pays non ordinaire, son prénom Amélie, attribué en deuxième prénom à sa mère, faisait un peu revivre Amélie Filz (épouse Marion), son arrière-grand-mère, morte à 30 ans de maladie, jeune mère de deux garçons et restée vénérée dans la famille. Ceci, au temps où l’histoire familiale d’Amélie Murat avait pour cadre Paris, c’est-à-dire entre 1756 et le mariage en 1850 de son grand-père, Edmond Filz, frère d’Amélie Filz Marion, qui ensuite vécut aux lieux où un poste de percepteur s’offrait à lui puis, retraité, à Chamalières avec son épouse quand son fils y installa sa fabrique.

Avant 1756, les « pères » d’Amélie Murat n’étaient pas bien loin de la capitale puisqu’en 1750, quittant la région lyonnaise de leurs ancêtres datant du milieu du seizième siècle à Neuville-sur-Saône (Neufville), ils arrivaient à Versailles en tant qu’officiers royaux ; leur nom Gémeau n’existe plus mais représenta pendant trois siècles une lignée de gentilshommes (écuyers, châtelains, lieutenants du roi etc.) et leurs épouses (filles de bourgeois, marchands, notaire, greffier).

De père en fils :

  • Pierre Gémeau °1622 concierge de l’archevêque de Lyon Camille de Neufville de Villeroy en son château d’Ombreval
  • François et Pierre Gémeau °1658 & 1661, officiers de Monseigneur.
  • Camille Gémeau °1675 seigneur de Janzé, a été 1er secrétaire du Maréchal de France François de Neufville 2e duc Villeroy avant de devenir Commissaire des guerres.
  • Paul-Marie Gémeau °1720 Versailles Lieutenant des Gardes de la porte du Roi en 1781. Conseiller du Roi. Lieutenant de la Connétablie et Maréchaussée de France. En 1768, valet de chambre du Roi, par quartier.
  • Jean-Baptiste Gémeau °1763 Paris valet de chambre du Roi en 1781. Pendant la Révolution et l’Empire, employé à la Marine. Valet de chambre du Roi en 1814 jusqu’à la Révolution de 1830 (d’où le domicile Filz 4 rue du Jour à Paris 1er où vécurent Amélie Murat et sa sœur chez leur oncle Robert en 1910).

Ici se joignent à eux les Filz par le mariage de Laure Gémeau, fille de ce dernier écuyer Gémeau.

Se trouve dans les archives nationales cette note : 19 novembre 1650 Inventaire des biens de demoiselle Marie Filz, veuve en premières noces de Jean Coulaud, écuyer de Lontinière, porte-manteau de monseigneur le Duc d’Orléans, et en secondes Pierre d’Archy, écuyer de Trenaux ; à la requête de la dite demoiselle Marie FILZ, demeurant au village d’Auteuil près Paris etc…  [monseigneur le Duc d’Orléans : Gaston de France (1608-1660) 3e fils d’Henri IV].

L’époux de Laure °1798, Louis Étienne Filz °1787 Paris 1er avait pour père Étienne François Filz °1734 Nemours, ingénieur géographe. Professeur de Mathématiques de l’École Royale militaire de Paris et de la maison d’Orléans du Duc [Philippe Égalité, duc en 1785] et son fils Louis-Philippe [1773-1850 futur roi des français] sous la Révolution (Sources : Donahoe’s Magazine de Boston 1879 et base Leonore et le caveau) et maître des élèves ingénieurs de la Marine à l’École de Navigation de l’Orient, Lorient où il décéda en 1803, membre fondateur de l’École polytechnique. Son arrière-grand père avait été notaire au Châtelet à Paris, son grand-père marchand épicier et son père marchand et arpenteur royal juré du baillage, famille de Nemours.

Louis Étienne Filz, officier de marine décéda à 44 ans quand son épouse Laure avait 33 ans et deux enfants. Son fils, grand-père d’Amélie, Edmond Filz n’avait que 14 ans et l’ainée Marie-Amélie Filz 7 ans. Laure se remaria au général-marquis Fortuné de Laidet de très ancienne famille du Dauphiné, avec qui elle eut de nouveau deux enfants. Sa fille Louise de Laidet mariée au Général Amédée Faivre eut une importante descendance dont Amélie Murat aurait pu en 1946  se réjouir du mariage à Luzillat (35 kms au nord de Clermont-Ferrand) de son cousin avec l’unique nièce du père Pierre Teilhard de Chardin. Car ainsi, le parcours généalogique de cette partie de sa famille issue de la Côte d’Or, de progénitures impressionnantes, s’étendant dans l’Ain puis le Rhône, prenait pied dans sa terre de prédilection, réunissant les deux branches Laure Gémeau-Filz et Laure Gémeau-de Laidet.

De même que se rattachent à la patrie artistique les liens de parenté d’Amélie Murat. Au plus près d’elle, pour la création littéraire, son cousin issu de germain Jacques Marion, frère dans l’épreuve physique et morale d’une existence, curieusement de mêmes dates et durée, pendant laquelle, l’écriture pour eux deux et leurs lecteurs, fut et demeure une bonne fée. Dans le domaine des Beaux-Arts, la douceur dans la peinture de sa cousine issue de germaine, la sœur de Jacques. Suzanne Marion,  quand elle s’inscrivit dans un cours de dessin à Montparnasse ne pensait pas entrer « en peinture » et donner naissance à de nouveaux artistes Maillart comprenant déjà architecte, graveur et surtout peintre ayant chacun obtenu un prix de Rome. Parlons aussi de sa tante Marie (Filz cousins germains des Marion) qui épousa à Paris le très actif Gaston Sahutié 1867-1918 journaliste chroniqueur artistique au quotidien La Presse Paris, rédacteur en chef au journal quotidien de Toulouse et du Sud-Ouest L’Express du Midi, Le Midi Artiste, L’Artiste Méridional. Secrétaire-général Annuaire international des lettres et des arts de langue ou de culture française Carcassonne. très versé dans toutes les questions théâtrales, et l’expérience acquise, M. Sahutié était secrétaire-général du Théâtre Français. Marie (Filz) 1880-1965 – chez qui le lamartinisme était héréditaire par son grand-père Fortuné de Laidet, ami intime du poète, – se consacra veuve à 38 ans à rassembler la documentation relative à la vie et à l’œuvre de Lamartine (coupures de presse etc) ainsi qu’à l’actualité des milieux lamartiniens. Secrétaire adjointe de l’association des Lamartiniens de Paris, elle devient membre de l’Académie de Mâcon en 1933.

Tableau généa. Gémeau

Gemeau-Teilhard WP


Des grand-mères d’Amélie et de sa sœur, qui les ont élevées étant en plus voisines à Clermont-Ferrand, l’une était de pure souche auvergnate paysanne et l’autre, très littéraire, née dans l’importante famille Danse de l’Oise.

par Amélie Murat :

dans LA MUSE FRANÇAISE du 10 janvier 1933, revue du mouvement poétique, Librairie A. P. Garnier
Comment définir la poésie ?

La musique des mots, comme il est une musique des sons.
Quels caractères sont propres à la poésie française ?
Le rythme, la rime, et un troisième élément commun à toute poé­sie : le lyrisme, si l’on veut ; Ernest Prévost dit : le frisson ; je dirais tout aussi bien le souffle, l’esprit… enfin cette puissance qui donne au poète l’impression, quand la grâce le soulève, d’écrire sous la dictée de quelqu’un de plus grand que lui.

Chaque poète étant plus ou moins l’homme-lige de son temps ou de son école, témoigne parfois une intransigeance sévère à l’égard de ceux qui sont hors de son Église. Je conseillerais à l’ami étranger de La Muse française de continuer d’admirer, en ce qu’ils ont d’admirable, Rostand malgré le regretté Joachim Gasquet[1], Sully-Prudhomme malgré André Thérive[2], Samain malgré Charles Derennes[3], en dépit de leur vraie et personnelle valeur. Qu’est-ce que cela prouve, sinon que la poésie, comme tout ce qui est vivant, est toujours, malgré quelques règles fixes, en voie d’évolution… nous pouvons bien dire, d’évolution créatrice ?

Amélie Murat

[1] Joachim Marius Alexandre Gasquet 1873-1921, poète et critique d’art français.
[2] André Thérive 1891-1967 écrivain, romancier, journaliste et critique littéraire français
[3] Charles Derennes 1882-1930 écrivain « On connaît de lui ses superbes recueils de poèmes dans lesquels il a fait preuve d’une maîtrise parfaite de la prosodie, d’une perfection de la forme, d’une richesse de l’inspiration et de l’émotion. »

 

Bracelet Femina d'Amélie la cigale et la fourmi

Cadeau du prix Fémina à Amélie en 1909 En haut : Corne d’abondance,: Initiales B et F, Bijoux Falize 6 rue d’Antin Paris « La maison Falize, pour l’amour de l’émail et des bijoux. Ayant ouvert ses portes en 1840 à Paris, la maison FALIZE appartient à une dynastie de bijoutiers, dont le fondateur se nomme Alexis Falize. Ce dernier a été le fournisseur des plus grands joailliers de son temps, car il se distinguait par ses dons de dessinateur. » En-dessous : la musique. En bas : La cigale et et la fourmi.

NRF 01 10 1923

Photo journal
Si véridique est le cri, à la foi si fraiches de sincérité et si brulantes de passion sont les strophes , que l’on écoute avec son cœur , et que l’on est ému. [Fernand Lot]

Voir dans L’atelier de l’Écrivain bibliotheques-clermontmetropole.eu la partie réservée à Amélie Murat, parmi ses confrères compatriotes

 

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